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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 06:00
"Si Sarkozy existe en tant que phénomène social et historique, malgré sa vacuité, sa violence et sa vulgarité, nous devons admettre que l'homme n'est pas parvenu à atteindre le sommet de l'Etat malgré ses déficiences intellectuelles et morales, mais grâce à elles. C'est sa négativité qui a séduit. Respect des forts, mépris des faibles, amour de l'argent, désir d'inégalité, besoin d'agression, désignation de boucs émissaires dans les banlieues, dans les pays musulmans ou en Afrique noire, vertige narcissique, mise en scène publique de la vie affective et, implicitement, sexuelle : toutes ces dérives travaillent l'ensemble de la société française; elles ne représentent pas la totalité de la vie sociale mais sa face noire, elles manifestent son état de crise et d'angoisse. [...] Au fond, nous devrions être reconnaissant à Nicolas Sarkozy de son honnêteté et de son naturel, si bien adaptés à la vie politique de notre époque. Parce qu'il a réussi à se faire élire en incarnant et en flattant ce qu'il y a de pire autour de nous, en nous, il oblige à regarder la réalité en face. Notre société est en crise, menacée de tourner mal, dans le sens de l'appauvrissement, de l'inégalité, de la violence, d'une véritable régression culturelle."
      'Après la démocratie', Emmanuel Todd, Gallimard, 2008, p. 16
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commentaires

S
Tiens, aujourd'hui une déclaration de ce personnage (à propos d'Hadopi): "comment pourrait-il y avoir dans notre société des zdnd?"Une attaque frontale?S.
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J
<br /> Il nous cherche...<br /> <br /> <br />
S
Evidemment IL est énervant (et au passage tes strips sont d'un humour salvateur) mais je crois qu'il y a une chose sous-entendue dans ces échanges ici (et ailleurs) c'est bien la personnalisation du pouvoir (aujourd'hui on parle aussi de peopolisation ce qui constitue une dérive de plus); or il est clair que ce phénomène (sans remonter à des périodes pré ou post-révolutionnaires) provient de l'édification de la 5ème République en 1958 (le 4 octobre précisément) sous De Gaulle.Et après me dira-t-on? Après (je saute des étapes) il y a eu Mitterand, Chirac, Chirac et un Le Pen au second tour, et aujourd'hui qui l'on sait assis sur un fauteuil conçu durant la guerre d'Algérie. On pourrait en dire long sur les prégoratives acquises, remodelées ou renforçées du Prez à l'occasion de la dernière révision constitutionelle; je me bornerais à constater que le domaine institutionel, la façon dont se pratique la politique, n'intéresse que peu les français, à l'instar des propos de Todd alors que c'est tout de même une question de fond: la condition pour une situation peut-être un peu plus saine...A l'image du conflit entre Mitterand et Rocard (tu auras devinée de quel coté je penche) sur le rapport à l'Etat et où l'on voit qui à été mis en minorité.A ce propos un fait tout récent l'illustre: Dany Cohn-Bendit autopsiant "la maladie de la présidentielle" à propos de Bayrou et comme quoi "il ne voulait pas rejoindre l'hopital" (je cite de mémoire). Je sais que je (nous) sommes minoritaires mais les résultats des européennes peuvent en ce sens peut-être apporter quelques enseignements, sait-on jamais.S.ps: sur la 5ème, un bon livre collectif paru avant l'élection de N.S sous la direction de Roger Faligot et de Jean Guisnel: Histoire secrète de la Ve république, éd. La Découverte, 752 p.
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J
Et j'ajouterais avec désolation que ce personnage et sa vision du monde constituent malheureusement une abondante source d'inspiration (et rage et de désespoir)... Et je vous met la photo originelle:
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D
Oui, je vois plus Sarkozy comme une figure, un signe creux comme la plupart des signes du pouvoir sont creux. Bon, il y a cette citation classique de Mein Kampf qui ramasse en quelque mot cette idée : "pour séduire les masses, dites-leur les choses les plus stupides et les plus crues". Sarkozy est la monstration décomplexée des choses les plus stupides et les plus crues. Baudrillard parlait d'obscénité à ce sujet il me semble, paravent du transparent vide (dans Les stratégies fatales).Je ne crois pas, contrairement à ce que prétend Todd, qu'il y ait une quelconque leçon à tirer, une quelconque critique sociale ou morale à extraire du spectacle de Sarkozy. Il n'est le négatif de rien du tout, juste une figure obscène.Pour ma part, je considère qu'une activité critique n'a plutôt pas intérêt à recourir à cette figure. Représenter Sarkozy, c'est déjà faire trop d'honneur à ce qui nous aveugle.Mais ces strips sont amusants, et j'apprécie beaucoup ce qu'on peut lire et voir dans ce blog en général, c'est rare.  
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J
<br /> Ce qui me frappe (ce n'est pas un reproche) c'est qu'on pourrait remplacer "Sarkozy" par "Le Pen" dans ce que tu écris et ça colle! Ou ça aurait collé il y a dix ou 20 ans quand le blond avait la<br /> grosse patate! Et l'on ne peut que constater que l'actuel président est une distillation de ce qui a agité la politique française depuis 1984 (arrivée des néolibéraux au sein même de la gauche). Je<br /> me souviens de la tentative de certains medias de boycotter le FN, expérience qui n'avait eu aucun résultat probant. C'est vrai qu'on devrait essayer de l'oublier (Sarko) un peu pour se concentrer<br /> sur des choses plus sérieuses mais il est tellement énervant!<br /> <br /> <br />
S
Là-dessus je partage le constat de Todd mais à mon avis il se plante sur le fond (la 2ème partie que tu cite Julie); c'est une vue de l'esprit de dire que Sarkozy "nous oblige" à reconsidérer les choses par rapport à ce qu'il symbolise, tout au moins une simplification. On ne peut pas pas se réjouir d'une médiocrité "incarnée" (l'Italie est un sujet de réflexion) et encore moins se prévaloir d'une contre-réaction directe contre la beauferie: c'est un point hélas trop fort, il faut l'attaquer sur les points faibles; la vacuité de sa prétendu politique et là il y a du boulot.S.
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J
<br /> Je me contente de me moquer ( trop peu) à partir d'une photo trouvée. Mais attaquer ce pouvoir là, je ne m'en sens pas capable. Et ce n'est pas ce qu'on peut faire de mieux avec la bande dessinée.<br /> Je suis d'accord avec toi sur les points faibles, mais peut on séparer la personnalité et ses actions?<br /> <br /> <br />